
Leezam, éditeur de livres numériques, travaille actuellement sur un projet de recherche expérimentale avec deux établissements du Centre Pompidou – l’IRI, l’Institut de Recherche et d’Innovation, et la BPI, Bibliothèque Publique d’Information. Ce programme donnera naissance à quatre livres enrichis dans des domaines aussi variés que le livre d’art, le carnet de voyage poétique, le roman multimédia ou encore la document historique mêlant texte et audio. Les quatre œuvres pilotes seront proposées et testées par le public de la Bibliothèque de Beaubourg, invité à partager ses impressions.
Pour la BPI, il s’agira de la deuxième enquête consacrée à la lecture numérique. En effet de novembre 2009 à mars 2010, les chercheurs de la BPI ont déjà mené une étude autour du livre numérique, en mettant à diposition au sein de la bibliothèque, dix liseuses électroniques Sony PRS 505. Ainsi, 150 volontaires se sont prêtés au jeu, parmi le public de la BPI. Coordonnée par Christophe Evans, cette étude a mobilisé quatres chercheurs de la BPI. Les résultats sont riches d’enseignements, et devraient passionner tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin au livre numérique.
Extraits de la synthèse d’étude BPI :
Les chiffres clés
L’étude révèle que seules 2 à 3 liseuses ont été empruntées chaque jour. Concernant le profil des « testeurs » (tous volontaires), 7 emprunteurs sur 10 sont des hommes ; la moyenne d’âge est de 41 ans et la durée moyenne d’emprunt est de 30 mn (2/3 des emprunts n’ont toutefois pas dépassé 20mn).
Le profil des volontaires
Plus âgés, moins étudiants et plus masculins… les testeurs de liseuses électroniques semblent donc différents des publics habituels de la Bpi. La dominante masculine, nettement plus prononcée parmi les publics non étudiants de la Bpi, étant sans doute renforcée ici par l’aspect à la fois fortement technique et informatique de l’expérimentation mise en place.
Des « testeurs », plus curieux de découvrir « l’engin » que les contenus proposés
Les personnes interviewées font ainsi preuve d’une motivation forte pour voir d’abord et ensuite manipuler le Sony PRS 505 (qui n’est pas vraiment connu en tant que tel par les testeurs) ; il s’agit donc surtout, selon les mots d’une des personnes interrogées, de « voir le machin » et de « faire joujou ». L’objet en effet demeure relativement mystérieux et ce sont surtout le principe de l’encre électronique et du papier numérique qui intriguent : à quoi peuvent ressembler ces supports dont on commence à parler beaucoup et qui préfigurent les livres du futur ?
Des publics « en attente »
En majorité, les personnes interviewées sont convaincues que leurs usages devraient changer sous peu et que l’avenir est au livre dématérialisé :
« Je trouvais ça bien justement en bibliothèques qu’on puisse donner accès à tout le monde, enfin de voir un peu le livre du futur. (…) Le livre numérique, ça change tous les jours, il y en a toujours des nouveaux. Et donc là je trouvais ça bien de pouvoir aborder la chose concrètement. (…) Moi, ce que je voulais surtout voir, c’était ce que ça faisait de lire sur un écran, pour voir si on ne s’explosait pas les yeux. » (Homme, 21 ans)
« J’étais content de découvrir effectivement l’appareil, et je pense que c’est de l’avenir, c’est évident. » (Homme, 55 ans)
« Je ne l’ai pas utilisé très longtemps. La seule chose qui m’intéressait vraiment, c’était la lisibilité de l’écran. Or, il se trouve que c’est déjà extrêmement lisible, donc tout à fait utilisable. » (Homme, 62 ans)
Premières impressions : du bon et du moins bon
Avant même la mise sous tension de la machine, la recherche de textes et la navigation à l’intérieur des textes, la prise en main de la liseuse électronique fait l’objet de nombreux commentaires : sur sa forme (l’encombrement notamment, la portabilité), son esthétique et son poids. Les avis sont assez partagés sur la question, mais d’une manière générale le PRS 505 ne rebute pas (il faut rappeler toutefois que nos testeurs étaient motivés et qu’ils avaient une connaissance indirecte de l’objet sans véritable expérience directe) :
« Mes premières impressions, c’est que déjà c’est un objet qui est assez agréable, qui est assez beau, donc en soi effectivement l’approche est intéressante » (Femme, 45 ans, entretien 12)
Très vite, de nombreux témoignages rapprochent la liseuse électronique du livre traditionnel, et notamment du livre de poche. Après la mise sous tension de la machine les avis deviennent déjà plus partagés (environ 50/50).
« Je trouvais qu’il était lourd, alors je ne sais pas si… je le reprends oui je trouve quand même qu’il est lourd. (…) La liseuse, elle a l’air hyper fragile. Enfin il y a des trucs comme ça. » (Homme, 28 ans, entretien 1)
Ca ne fait pas mal aux yeux…
« L’écran n’est pas trop petit … moi je trouve qu’il est tout à fait de bonne taille. La lecture est agréable sur un fond gris. J’ai trouvé que c’était effectivement aussi agréable qu’un livre. (Intervieweur : Aussi agréable qu’un livre ?) Oui parce que c’est un gris pale effectivement le fond, donc par rapport à des pages blanches, jaunes, non c’est vraiment… pour moi c’est un confort pratiquement équivalent » (Femme, 45 ans)
« Ce qui me plaît beaucoup, c’est cette encre numérique, enfin ce que l’on appelle l’encre numérique, c’est très agréable. Oui, pas de brillance. (…) J’ai vu un progrès par rapport à l’ordinateur. » (Homme, 55 ans)
Si l’encre électronique et le papier numérique sont globalement appréciés, on critique parfois l’aspect « gris », un peu « triste » de la page de texte, on se plaint à quelques reprises des difficultés de navigation vers les textes (…) une thématique récurrente apparaît notamment à propos du changement, ou plutôt du rafraîchissement des pages que cette manipulation entraîne.
De fait, si la liseuse électronique se sort assez bien d’une comparaison avec l’ordinateur (quant à sa taille, son poids et surtout le non-scintillement de son écran), elle présente des caractéristiques et des défauts qui la placent parfois assez loin du livre papier traditionnel. C’est une machine qu’il faut apprendre à maîtriser: il faut en effet appuyer fortement sur des « boutons » plus ou moins bien placés, attendre que la machine « réponde » correctement aux commandes.
Qualité « Number One » de la liseuse : sa capacité de stockage
Pour le coup, les qualités les plus grandes de la liseuse électronique quand on la compare cette fois au livre papier restent sa capacité de stockage – mais certains se demandent tout de même à ce propos si un lecteur a besoin de tant de « matière première » en permanence avec lui -, et la possibilité qu’elle offre d’agrandir la police de caractère des textes.
Des attentes en termes d’innovation technologique.
Symboles a priori de la modernité informatique, les liseuses électroniques du modèle PRS 505 font également l’objet de commentaires déceptifs en ce qui concerne l’avancée technologique que ces objets sont censés représenter. Sur ce point, même si les testeurs sont conscients du fait que les produits actuellement disponibles sur le marché ne font que préfigurer des outils qui devraient encore considérablement évoluer, certains regrettent parfois l’impossibilité d’écouter des audio-livres sur ce type de machine ou de profiter de combinaisons entre textes et images.
(fin de l’extrait de la synthèse BPI)
La prochaine étude menée par la BPI, conjointement avec Leezam, dans le cadre d’un projet de recherche autour du livre enrichi, labéllisé par le Ministère de la Culture, s’intéressera principalement au contenu et à la façon dont sont perçus les enrichissements insérés dans le texte : vidéos, sons et fonctions de connaissances associées. Les résultats de cette étude seront présentés au premier semestre 2010.
Cette étude sera très prochainement publiée sur le site de la BPI.
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